
Ce type ne vous dit peut être rien mais en fait c'est le dernier directeur financier en date de Yukos la fameuse compagnie pétrolière saisie par les autorités russes pour redressement fiscal et dont le PDG, Mikhail Khodorkovsky, a été arrêté de façon spectaculaire (pour des raisons avant tout politiques).
Le lien entre Bruce, Bowling Green et Yukos ? C'est simple après son diplôme, Bruce a vadrouillé dans l'Ohio en tant que conseiller financier pour des particuliers et des entreprises, puis au département trésorerie chez Marathon Oil, il est ensuite devenu VP et trésorier de Marathon Oil en Europe à Londres, puis Senior VP chez PennzEnergy à Houston (les juristes se souviendront de l'affaire Pennzoil v. Texaco), avant de devenir en 2001 directeur financier de Yukos. Pourquoi aurait-elle fait appel un Américain ? Parce que Yukos avait l'intention de poursuivre son expansion à l'international et de se faire côter à terme à New York et pour ce faire, il fallait trouver un Américain prêt à relever le défi de la mise aux normes comptables américaines. Et parce qu'à 50 ans ce genre de projet (et de rémunération ?) ne se présente pas non plus tous les jours.
La séance d'aujourd'hui a été l'occasion de découvrir toutes les manoeuvres beaucoup moins médiatisées qui ont suivi la saisie de Yukos (ou la plus grande expropriation de l'histoire c'est selon) et notamment toute la série de procès qu'il y a eu un peu partout dans le monde entre l'ancien management de Yukos dont Bruce fait partie et le gouvernement russe pour indemniser les petits actionnaires (russes pour la plupart) et empêcher la saisie des avoirs non-russes par le Kremlin.
On y a appris notamment que les actifs non-russes avaient été principalement regroupés dans un trust aux Pays-Bas, ce qui a valu à ce pacifique pays un boycott de ses exportations de tulipes vers la Russie - comme quoi l'économie réelle a toujours une résonance géopolitique - et qu'à part en Arménie, le gouvernement russe a pour le moment perdu procès sur procès. Le prochain procès prévu se tiendra à la Cour européenne des droits de l'homme, où selon Bruce, la Russie pourrait avoir à régler une importante amende ou à faire face à une vraie crise diplomatique (en gros soit la Russie paie, soit elle se fait éjecter du Conseil de l'Europe, ce qui remet en cause les traités de coopération économique, culturelle et fiscale conclus dans ce cadre).
Mais outre le côté assez improbable de la soirée (se retrouver en face d'un des acteurs de la chute de Yukos), on a également parlé des expériences à l'étranger et des pratiques locales d'affaires (corruption, barrière de la langue, impairs...). Et même si son message était principalement destiné aux étudiants locaux, ça m'a surtout permis de faire un bilan de ma propre expérience ici et de me rendre compte de certaines choses.
1. Pour devenir citoyen du monde, il faut sortir de son propre pays (et pas que dans un but touristique).
2. Il faut être conscient des différences culturelles et les pratiquer pour mieux les comprendre et savoir comment réagir avec.
3. Être à l'étranger est la plus enrichissante des expériences qui soit, car on en apprend tous les jours sur les autres mais surtout sur soi et sur son propre pays.
Et que finalement peu importe le prestige de l'université ou l'entreprise qui vous accueille à l'étranger (exception faite de la recherche peut-être), l'important c'est de rester ouvert, à l'écoute, d'essayer de comprendre les différences et les valeurs, pour que cette expérience soit la plus enrichissante possible pour vous et pour tous les gens qui vous entourent. Et ça, ça ne s'apprend ni avec un prof, ni avec un manuel, mais avec soi-même.