30 sept. 2009

Yukos, Coca et Ippon ?

Ce soir, j'ai pu rencontrer Bruce Misamore, ancien de BGSU promo 1973 actuellement en résidence sur le campus.


Ce type ne vous dit peut être rien mais en fait c'est le dernier directeur financier en date de Yukos la fameuse compagnie pétrolière saisie par les autorités russes pour redressement fiscal et dont le PDG, Mikhail Khodorkovsky, a été arrêté de façon spectaculaire (pour des raisons avant tout politiques).

Le lien entre Bruce, Bowling Green et Yukos ? C'est simple après son diplôme, Bruce a vadrouillé dans l'Ohio en tant que conseiller financier pour des particuliers et des entreprises, puis au département trésorerie chez Marathon Oil, il est ensuite devenu VP et trésorier de Marathon Oil en Europe à Londres, puis Senior VP chez PennzEnergy à Houston (les juristes se souviendront de l'affaire Pennzoil v. Texaco), avant de devenir en 2001 directeur financier de Yukos. Pourquoi aurait-elle fait appel un Américain ? Parce que Yukos avait l'intention de poursuivre son expansion à l'international et de se faire côter à terme à New York et pour ce faire, il fallait trouver un Américain prêt à relever le défi de la mise aux normes comptables américaines. Et parce qu'à 50 ans ce genre de projet (et de rémunération ?) ne se présente pas non plus tous les jours.

La séance d'aujourd'hui a été l'occasion de découvrir toutes les manoeuvres beaucoup moins médiatisées qui ont suivi la saisie de Yukos (ou la plus grande expropriation de l'histoire c'est selon) et notamment toute la série de procès qu'il y a eu un peu partout dans le monde entre l'ancien management de Yukos dont Bruce fait partie et le gouvernement russe pour indemniser les petits actionnaires (russes pour la plupart) et empêcher la saisie des avoirs non-russes par le Kremlin.
On y a appris notamment que les actifs non-russes avaient été principalement regroupés dans un trust aux Pays-Bas, ce qui a valu à ce pacifique pays un boycott de ses exportations de tulipes vers la Russie - comme quoi l'économie réelle a toujours une résonance géopolitique - et qu'à part en Arménie, le gouvernement russe a pour le moment perdu procès sur procès. Le prochain procès prévu se tiendra à la Cour européenne des droits de l'homme, où selon Bruce, la Russie pourrait avoir à régler une importante amende ou à faire face à une vraie crise diplomatique (en gros soit la Russie paie, soit elle se fait éjecter du Conseil de l'Europe, ce qui remet en cause les traités de coopération économique, culturelle et fiscale conclus dans ce cadre).

Mais outre le côté assez improbable de la soirée (se retrouver en face d'un des acteurs de la chute de Yukos), on a également parlé des expériences à l'étranger et des pratiques locales d'affaires (corruption, barrière de la langue, impairs...). Et même si son message était principalement destiné aux étudiants locaux, ça m'a surtout permis de faire un bilan de ma propre expérience ici et de me rendre compte de certaines choses.
1. Pour devenir citoyen du monde, il faut sortir de son propre pays (et pas que dans un but touristique).
2. Il faut être conscient des différences culturelles et les pratiquer pour mieux les comprendre et savoir comment réagir avec.
3. Être à l'étranger est la plus enrichissante des expériences qui soit, car on en apprend tous les jours sur les autres mais surtout sur soi et sur son propre pays.

Et que finalement peu importe le prestige de l'université ou l'entreprise qui vous accueille à l'étranger (exception faite de la recherche peut-être), l'important c'est de rester ouvert, à l'écoute, d'essayer de comprendre les différences et les valeurs, pour que cette expérience soit la plus enrichissante possible pour vous et pour tous les gens qui vous entourent. Et ça, ça ne s'apprend ni avec un prof, ni avec un manuel, mais avec soi-même.

27 sept. 2009

La leçon de football

Hier, l'équipe de football de BGSU recevait les Broncos de Boise State University (Idaho). Ambiance de feu et tribunes blindées, car même si l'Idaho c'est tout aussi paumé que l'Ohio, ils ont quand même une super équipe de foot classée 8ème du championnat universitaire américain. Pour l'occasion je me suis même acheté un T-shirt aux couleurs de la fac (orange).

Sauf qu'une fois sur le terrain, les choses sont beaucoup moins drôles que prévues. De fait, les joueurs de Boise State sont ultra baraques et nos joueurs ont plutôt l'air de gringalets ou d'ados qui commencent à peine le rugby. Le premier quart-temps est assez tendu, mais pas d'actions concluantes pour le moment. En revanche dès le deuxième c'est la débandade, et on se prend plusieurs touchdowns d'affilée, et le sursaut tant attendu par les supporters de BGSU s'annonce difficile. Boise State fait des passes précises et de qualité, protège son quarterback de façon efficace et dispose de toute une série de schémas de jeu que les joueurs choisissent avant chacune de leurs mises. En face, BGSU ne fait de tout de façon pas le poids physiquement, n'arrive pas à protéger son quarterback, fait des passes assez aléatoires, ne dispose pas de plan de jeu et ressort les mêmes schémas tactiques que précédemment. Bref le complexe d'infériorité d'un côté et l'expérience de l'autre côté permettent à Boise State d'avancer sereinement et de façon méthodiques pour marquer au final 7 touchdown contre 2 (49-14) pour BGSU.

Bref déception pour beaucoup, et la tribune se vide au fur et à mesure du score, de la nuit qui tombe et de la température qui descend de plus en plus bas, perso je suis parti au troisième quart-temps pendant que Boise marquait son dernier touchdown.

Bon malgré la défaite, la fanfare (marching band) a bien assuré le spectacle pendant la mi-temps avec le renfort des fanfares des lycées environnants. Et voici ce que ça donne 500 personnes sur une pelouse de state... (faut aller jusqu'au bout de la vidéo pour comprendre la choré en fait).

24 sept. 2009

Hot like hell

Après le tango, la salsa et le rock, je continue ma découverte des loisirs de la bonne société avec... le GOLF !!! Je sais, certains vont encore râler sur le fait que je m'embourgeoise et gnagnagna. Mais en même temps, je me dis tant :
- que je suis aux US, ce pays magique où on peut faire plein de choses qui nous sortent du train-train quotidien
- qu'il y a en plus un green au bord du campus juste à côté du stade,
- que c'est des loisirs à bon prix comparé à ce qu'il peut y avoir en Europe (5$ le seau de 70 balles qui peut faire mieux ?)
C'est l'occasion d'essayer au moins une fois dans sa vie, quitte à se ridiculiser, ça coûte rien surtout lorsqu'on est loin du regard de ses amis. Et puis c'est une façon de voir aussi qui sont les Américains qui pratiquent ce sport et comment ils l'enseignent (par contre faudra comparer en rentrant au pays...).

Côté pratique, oui, j'avoue avoir brassé pas mal de vent et ravag... labouré un peu le gazon avant de pouvoir quelques shoots dignes de ce nom, le temps de placer à peu correctement mon swing. Evidemment le soir même et le lendemain j'ai bien eu quelques courbatures, et avec les quelques piqûres de moustique que je me suis pris sur le green, c'était pas forcément plus agréable mais au final je suis pas mécontent du tout de mon expérience. Je me suis bien marré et le prof était vraiment super sympa. Bon par contre vu que l'hiver va arriver assez vite, je pense pas m'y remettre avant le printemps prochain.

Autrement on a parlé en cours d'éthique aujourd'hui des fameux procès qu'intentent les Américains contre les produits défectueux ou plus ou moins bien signalés (dont la fameuse histoire du chat dans le micro-ondes) et tous les soucis de la vie quotidienne qui pourraient vous arriver, mais que vous pouvez reporter à bon compte à une entreprise, moyennant dommages et intérêts.
Info n°1, ce genre de procès est en train de devenir une légende urbaine, car la plupart des contrats commerciaux comportent aujourd'hui des clauses imposant l'usage de la médiation et d'une procédure d'arbitrage avant de pouvoir porter l'affaire en justice.
Info n°2 c'est que même si les montants annoncés en première instance ont de quoi affoler les compteurs, les montants redeviennent un peu plus raisonnables en appel.

L'info n°3 concerne le café chez Mc Do et dans la plupart des chaînes de fast-food qui servent le pti déj. En effet, je sais pas si vous l'avez remarqué mais quand on achète une boisson chaude ici, non seulement on vous demande si vous voulez pas du sucre vanillé, du caramel, de la crème fraîche ou je ne sais quoi (nan je veux juste un thé ou un chocolat chaud) mais c'est juste énorme. La dose est énorme, le gobelet est dans des dimensions assez imposantes (ma sensibilité écolo sombre souvent dans le coma à la vue des gobelets méga épais en polystyrène) avec une couvercle conçu pour résister à toutes les épreuves matinales du travailleur urbain et rural. Mais surtout quelquesoit le gobelet c'est méga chaud pendant des heures !!!

Bref grâce à mon cours d'éthique et de droit (remarque de circonstance elle s'appelle SUE... et elle est prof de DROIT) j'ai découvert le comment du pourquoi mon chocolat chaud me brûle la langue pendant des heures. En fait quand les Américains achètent une boisson chaude, ils ne la consomment jamais en live, mais seulement une fois arrivés au boulot ou presque, d'où une température frôlant les 80°C à la sortie du magasin et le gobelet ultra isotherme, même quand c'est un simple gobelet en papier Starbucks. Parce que le temps de rejoindre le bureau, il peut s'en passer du temps dans les bouchons...

Toutefois, en 1994 une brave cliente de Mc Do s'est malheureusement brûlée au 3ème degré avec son café en voulant tout simplement rajouter de la crème. Bien évidemment ça se finit en plainte pour produit dangereux et gobelet défectueux, mais la brave dame de 81 ans ne réclame que $160 000 de dédommagement pour ses frais médicaux et les jours de travail que ses proches ont perdus pour rester à ses côtés. Refus de McDo, et donc séries de procès au cours desquels la dame se voit attribuer $3 millions de dommages et intérêts puis finalement $620 000 avec ordre pour McDo de servir son café à des températures plus appropriées, ce qui n'a jamais été respecé pour les raisons commerciales évoquées ci-dessus. Au lieu de ça, ils préfèrent tout rajouter pour vous avant de le servir et mettent des supers mégas couvercles sur lesquels y a inscrit HOT dans toutes les langues du monde et qui tiennent la route en toutes circonstances ou presque.

Voilà je sais c'était super intéressant, mais je tenais à partager ce petit moment de découverte culturelle avec vous...

Enfin pour clôturer notre super journée, on a eu droit à une conférence d'un ancien VP de Lehman Brothers (qui fait la promo de son bouquin très accessoirement), beaucoup de pub sur le campus, beaucoup de public dans la salle, mais finalement pas de très grande réflexion sur le métier de banquier, sur le rôle de Paulson / Geithner / Bernanke, sur l'échec du management des banques... mais apparemment le bouquin est un peu plus dense.

That's all for today !

20 sept. 2009

Merci le web

Hier soir en discutant sur Skype avec quelques potes, je me suis vraiment rendu compte de la chance que j'avais d'être connecté au net et d'avoir accès à Skype, Facebook, Twitter, Google News et bien d'autres choses.

C'est idiot à dire, c'est un truisme, c'est de l'ordre de l'évidence élémentaire me direz-vous.
Certes, mais pensez aux mecs de l'ESC Nantes, de l'Université de Tours et de l'IECS Strasbourg qui faisaient y a 15 ans le même échange que moi, ici à Bowling Green, 30 000 âmes au milieu des prairies et des champs. Les seuls moyens de communication qu'ils avaient avec le reste du monde c'était le courrier, le fax et le téléphone et pour avoir quelques infos un peu solides sur le reste du monde, mieux valait compter sur un bon abonnement au câble ou bien au Wall Street Journal / International Herald Tribune / The Economist. Bref, pas très souple, assez contraignant et assez cher aussi.

Or aujourd'hui grâce à Skype/MSN/Facebook, je peux garder contact avec la quasi totalité de mes contacts que ce soit ceux qui sont en France et en Europe, ceux d'ici sur le continent américain ou bien ceux qui sont en ce moment en échange de l'autre côté du Pacifique ou à faire le touriste quelque part en Asie. Autant en France, c'était quelque chose de relativement banal, mais là quand on est physiquement quelque part dans le trou du cul du monde, on se rend d'autant plus de la valeur des choses même lorsque ça ne coûte quasiment rien.

Et de fait, j'ai tendance à penser que garder ce lien avec ses amis et avec le reste du monde, mais aussi en regardant les Guignols ou le Petit Journal c'est non seulement important pour son équilibre personnel (je ne sais pas ce qu'en pensent les ermites, mais le sentiment d'abandon et d'isolement n'est pas quelque chose qu'on apprécie spontanément) mais c'est aussi extrêmement important pour rester connecté à la "culture" française. En effet, durant mon stage chez "Crédit Patate", j'ai rencontré un collègue assez sympathique avec toujours plein de petites anecdotes à raconter car il avait passé une partie assez longue de sa carrière à l'étranger. Le pendant de ça c'est que sur la plupart des conversations courantes, il était toujours largué, notamment quand on faisait référence à telle publicité ou à telle vieille polémique. Je ne dis pas qu'être au courant des dernières frasques de Ségo ou des dernières mises en scène médiatiques du gouvernement soit quelque chose dont je suis particulièrement fier, je ne dis pas non plus que j'ai passé des heures dans un avion simplement pour continuer à vivre à la française à l'autre bout du monde. J'essaie au contraire de mettre en pratique l'adage "New country, new customs". Mais le fait est qu'aller à la rencontre d'autrui, ne signifie pas se dissoudre dans l'autre ou devenir un hybride de la world culture. Simplement je remarque que c'est à travers ce genre d'anecdotes (ou de connaissances vernaculaires diraient certains) que se construisent les identités nationales du moins dans l'imaginaire collectif, et pas seulement à travers des papiers ou la maîtrise de la langue. Ou dit autrement, on peut s'amuser à maîtriser plein de langues et avoir plein de discussions sympas avec les gens venus des quatre coins du monde. Mais ce qui butera toujours au final lorsqu'il s'agira de bosser ensemble sur tel ou tel projet, c'est le fait d'avoir une culture commune ou pas (et pas d'avoir des supers cours d'international business et de management interculturel).


Autrement, j'essaie de me faire une culture geek en ce moment (sous l'influence néfaste de Matthieu, Aymeril et de Damien) parce qu'apparemment le grand débat du moment dans la communauté c'est le cloud computing (en gros vous travaillez avec vos données en ligne et stockez vos infos sur des serveurs qui ne vous appartiennent pas / ex. la fonction Album photos sur Facebook ou Google Docs) et le crowd sourcing (ex. ceux qui posent une question technique sur Facebook au lieu d'aller pêcher ça sur un forum ou sur Google / les expériences de démocratie participative).

Et j'essaie de comprendre ce que ça change réellement en terme de géographie industrielle et de capital humain : va-t-on voir émerger des Silicon Valley et des projets entre non geeks au milieu de nulle part ? (autres que Wikipédia) Va-t-on se contenter de travailler sur des netbooks ? D'autre part, pourquoi y a-t-il tant de discussions autour de ses questions ? Volonté de maîtriser du sujet et de faire de la réflexion stratégique / prospective ? Impasses juridiques en vue (quels sont les règles de propriété intellectuelle en situation de crowd sourcing / cloud computing ?) ?
Donc si quelqu'un a un article sur le sujet je suis preneur.

11 sept. 2009

L'été indien

Me revoici de retour sur les écrans et sur les serveurs de Blogspot / Google après une bonne semaine de silence. Preuve s'il en fallait que la routine s'installe à Bowling Green, Ohio.

Petit résumé de ma semaine en 24... (lignes /secondes / demi-minutes ????)

Jeudi, notre prof d'éthique était assez avide en conseils jurdiques divers et variés.
1. Si vous êtes convoqués au tribunal notamment dans le mauvais rôle, venez avec votre famille, habillez-vous normalement voire un peu cheap, si vous avez un enfant en bas âge amenez-le et trouvez-en un et faites pleurer le bébé au bon moment lors du prcès pour attirer la clémence et susciter la compassion du jury.
2. 60% d'un procès se gagne lors de la sélection des jurés, trouvez donc un avocat qui a quelques notions de sociologie.
3. Si vous êtes impliqués dans un procès, faites attention au choix du tribunal et évitez le tribunal du coin de la partie adverse.
4. Si vous voulez commettre un crime, n'oubliez pas de faire immatriculer votre voiture pour vous faire passer incognito et ne laissez pas d'arme en vue sur les sièges passagers... (OK, merci du conseil...)
Bon autrement elle nous a annoncé qu'un mec de la classe venait d'avoir son premier bébé. Énorme coup de vieux pour ma part...

Vendredi, j'ai décidé avec mon coloc de faire une crémaillère histoire de connaître un peu plus la classe. Énorme stress, dans la mesure où on est 50, j'ai eu 12 réponses quasi exclusivement des étudiants internationaux et pas un seul mail en mode "Oh sorry whatever reason I can't come" des Ricains. Finalement y a une bonne vingtaine de personnes qui sont là dont une demi-douzaine d'Américains, c'était très sympa, jusqu'à ce que les Chinoises débarquent en bande... avec une Wii, qui nous a valu un bon quart d'heure de débrief avec mon coloc, pour essayer de comprendre le comment du pourquoi. Puis quand tout le monde est parti, un mec de la classe se pointe encore vers minuit et nous tient la discute jusque 3h30 du mat (no comment).

Lundi, j'ai récupéré les clés de mon bureau à la fac (photos à venir) que je partage avec Darcy, un brésilien de ma classe. Et ma soeur s'est enfin posée à Seattle

Mercredi, énorme surprise au réveil, les champs qui nous entourent sont devenus tout jaunes !!! Bref c'est l'été indien et l'effet est assez joli, voici une vue depuis ma cuisine.


Autrement, les news viennent plutôt de mes anciens collègues ont eu la joie de renouer avec les visites officielles entre officiels francais et américains. Et en ce moment, c'est la Secrétaire d'Etat au Commerce Extérieur (Anne-Marie Idrac) qui nous fait le plaisir de rendre visite à la communauté française. Néanmoins c'est pas tant la visite de Mme Idrac que je souhaite relater ici (grosso modo, elle vient là pour promouvoir le savoir-faire français dans les domaines de l'énergie et des transports), c'est surtout son Twitter (annemarieidrac) qu'elle confond visiblement avec une boîte à télégrammes / SMS.

Depuis Bowling Green, Ohio.

9 sept. 2009

Lettre de Ted Kennedy à Obama sur la réforme du système de santé

La fin du Labor Day (fête du Travail) marque la reprise des travaux parlementaires aux États-Unis et ce qui fait l'actualité en ce moment sur le Capitol Hill ce n'est pas la prime à la casse, la création d'un marché de crédits carbone, les bonus des banques ou le décès de Michael Jackson, mais la réforme du système de santé.

En effet, avec les beaux jours, les parlementaires américains sont rentrés chez eux et ont tenu un certain nombre de meetings locaux pour présenter et discuter la réforme du système de santé avec leurs électeurs de leur fiefs respectifs. Bien mal leur en a pris, car ces meetings ont été instrumentalisés par les adversaires de la réforme, qui les ont utilisés comme caisse de résonance pour faire connaître leur mécontentement et pour se faire de la pub gratuite sur les chaînes d'information en continu. Leur argumentaire était assez simple : le nouveau système avec assurance publique allait ruiner les Américains et créer un nouveau mammouth administratif qui tuera les assureurs privés (qui font un peu n'importe quoi aujourd'hui). D'autre part, cette réforme était idéologiquement inacceptable car laisser le gouvernement intervenir dans le quotidien des gens, c'est tout simplement des méthodes dignes des communistes, et qu'il faut au contraire laisser libre cours au marché et instaurer plus de concurrence (même si les acteurs actuels du système de santé se sont fait pas mal de gras depuis ces dernières années).

Bref, tout ce ramdam (et notamment les interventions de Sarah Palin) a finalement poussé le président Obama a monter au créneau devant le Congrès ce soir et à passer en prime-time pour parler de la réforme de santé. Parallèlement au discours de ce soir diffusé en direct, la Maison Blanche a également publié une des dernières lettres de Ted Kennedy au président Obama dont voici la transcription.

May 12, 2009

Dear Mr. President,

I wanted to write a few final words to you to express my gratitude for your repeated personal kindnesses to me – and one last time, to salute your leadership in giving our country back its future and its truth.

On a personal level, you and Michelle reached out to Vicki, to our family and me in so many different ways. You helped to make these difficult months a happy time in my life.

You also made it a time of hope for me and for our country.

When I thought of all the years, all the battles, and all the memories of my long public life, I felt confident in these closing days that while I will not be there when it happens, you will be the President who at long last signs into law the health care reform that is the great unfinished business of our society. For me, this cause stretched across decades; it has been disappointed, but never finally defeated. It was the cause of my life. And in the past year, the prospect of victory sustained me-and the work of achieving it summoned my energy and determination.

There will be struggles – there always have been – and they are already underway again. But as we moved forward in these months, I learned that you will not yield to calls to retreat – that you will stay with the cause until it is won. I saw your conviction that the time is now and witnessed your unwavering commitment and understanding that health care is a decisive issue for our future prosperity. But you have also reminded all of us that it concerns more than material things; that what we face is above all a moral issue; that at stake are not just the details of policy, but fundamental principles of social justice and the character of our country.

And so because of your vision and resolve, I came to believe that soon, very soon, affordable health coverage will be available to all, in an America where the state of a family’s health will never again depend on the amount of a family’s wealth. And while I will not see the victory, I was able to look forward and know that we will – yes, we will – fulfill the promise of health care in America as a right and not a privilege.

In closing, let me say again how proud I was to be part of your campaign- and proud as well to play a part in the early months of a new era of high purpose and achievement. I entered public life with a young President who inspired a generation and the world. It gives me great hope that as I leave, another young President inspires another generation and once more on America’s behalf inspires the entire world.

So, I wrote this to thank you one last time as a friend- and to stand with you one last time for change and the America we can become.

At the Denver Convention where you were nominated, I said the dream lives on.

And I finished this letter with unshakable faith that the dream will be fulfilled for this generation, and preserved and enlarged for generations to come.

With deep respect and abiding affection,

[Ted]


Je suis certes assez naïf, mais voilà je trouve que cette lettre est réellement touchante de simplicité, d'espoir et de modestie, surtout pour quelqu'un qui a tant fait pour faire progresser l'Amérique.

Garde à vous

Voilà bientôt que je suis installé à Bowling Green et je ne vous ai pas encore parlé du campus, si ce n'est via quelques photos sur Facebook.

En soi, ça peut se comprendre, car le campus de Bowling Green est un campus américain comme un autre : c'est grand, c'est vert, y a plein de bâtiments de cours qui respirent soit l'histoire soit la technologie, d'innombrables installations sportives, LE stade de l'école, la bibliothèque, les labos et éventuellement un incubateur, mais ici y a vraiment un endroit sympa qui est le Student Union. Concrètement c'est une salle polyvalente où se déroulent les conférences et les réunions d'association, où peut acheter ses bouquins, déjeuner en allant prendre un truc au Food court, aller sur le net, prendre un verre au pub en fin de journée...), bref c'est le centre névralgique de la vie étudiante. Si bien que le midi y a pas mal d'associations et d'entreprises qui profitent de l'affluence pour tenir des stands et se faire un peu de publicité, notamment les associations religieuses qui viennent prêcher la bonne parole. Et quand je dis LES associations religieuses c'est pas la catho, la protestante, l'orthodoxe, la juive et la musulmane mais plutôt une bonne douzaine d'associations chrétiennes qui distribuent des flyers à tour de bras et des goodies plus ou moins originaux (cartes de réduction, boissons, stylos, pizzas etc.). Rassurez-vous c'est pas pour faire ma minute laïque (autre religion qui s'ignore comme vous le savez), simplement c'est assez dingue de se dire que dans une bourgade de 29 000 habitants y a plus d'associations religieuses que de Mc Do ou de Wendy's, et qu'au fond c'est dur pour un néophytene de comprendre le positionnement stratégique des uns et des autres. N'est-ce pas d'ailleurs la définition même du païen ? :)))) Ceci dit, au vu du nombre de flyers que j'ai reçu depuis le début de l'année, je pense qu'à un moment ou à un autre je vais pondre un pti édito du genre "Dieu est-il écolo ?", je suis sûr que ça ferait rire pas mal de lecteurs du journal de l'école...

Non mon sujet d'étonnement du moment, c'est le stand des Marines, avec des Marines, des vrais qui mettent trois flyers identiques dans chaque exemplaire du journal de l'école pour annoncer leur venue (va savoir pourquoi) et qui distribuent des autocollants en forme d'écussons qui sont vraiment beaux, brillants comme dans nos rêves de gosses à 6-10 ans lorsqu'on rêvait d'être pompier ou de sauver le monde.

D'ailleurs pendant je m'arrache les cheveux sur un article de finance, ou plutôt un machin où 50% du texte est en fait composé des formules mathématiques, y a un Marine à 15 mètres devant moi, qui fait passer un entretien à un jeune. Je n'entends pas grand chose de la conversation, mais ça ressemble à une présentation des Marines, du process de recrutement couplée avec un entretien du candidat pour l'aider à débroussailler sa candidature.

N'empêche je croise pas mal de militaires depuis je suis aux USA. Le premier c'était un stagiaire que j'ai croisé à Washington lors d'une conférence au National Press Club, et qui en fait était un ancien militaire en voie de reconversion vers le civil en passant par un MBA au Texas. Le deuxième c'est tout simplement notre prof de compta, que je trouvais un peu barge au début (encore un que la compta a complètement déglingué), mais qui en fait au cours de sa jeunesse a dû s'engager dans l'armée pour pouvoir se payer ses études et a ensuite fait carrière dans le privé jusqu'à en avoir suffisamment marre pour pouvoir embrasser la carrière de prof. Autrement y a pas aussi de militaires sur le campus, car à BG il y a un centre et des cours pour intégrer à terme l'armée de l'air ou l'armée de réserve ou tout simplement pouvoir se payer des études supérieures. Comme quoi dans la société américaine la composante "armée" est tout aussi importante que la donnée "fonctionnaires" chez nous et que les militaires peuvent faire des choses sympas dans le civil grâce à un accompagnement professionnel de qualité, c'est ptet ça aussi qui fait la force de la plus grande armée du monde.

8 sept. 2009

La France qu'on aime

Sur la chaude recommandation d'un collègue, je suis tombé sur cette vidéo assez consternante pour nous Français (clic)
On passera outre le manque de répartie de certains et l'agressivité des deux Ricains, mais c'est quand même affligeant d'endosser le mauvais rôle tout seul une nouvelle fois, d'autant que dans la foulée on avait les Allemands et les Britanniques avec nous.

PS : Mon fall break est le 12 et le 13 octobre, y a-t-il des gens que ça tente de venir visiter Chicago ce week-end là ?

4 sept. 2009

La marée orange

Pas d'anecdotes croustillantes cette semaine ou de découverte hallucinante et pour cause, j'ai consacré ces derniers jours à pondre un paper sur la crise financière et l'éthique. Bref, la vie étudiante reprend ses droits et les semaines vont sûrement s'enchaîner de façon assez routinière. J'ai reçu mes bouquins et je vais enfin pouvoir m'adonner avec joie aux lectures de cours. Que dire de plus.

Ah si, deux événements assez sympas cette semaine
1. La reprise de la saison de football américain.

Hier, marée orange sur le campus, tout le monde (sauf nous les étudiants étrangers un peu à l'ouest du MBA) aborait son T-shirt orange pour la reprise de la saison. L'objectif de ce soir étant de battre le dernier record d'affluence (10 052 étudiants) et de soutenir de notre équipe pour son premier match à domicile contre les Trojans de Troy University, vainqueur du championnat des Etats du Sud l'an dernier.

C'est un événement assez important, d'une part pour le school pride et la vie étudiante aux US en général, d'autre part parce qu'on inaugure un nouvel entraîneur et une nouvelle équipe. Et malgré une probabilité de 27% de remporter le match selon le Wall Street Journal et deux premiers quarts-temps désastreux (2 touchdown à rien, soit 14 - 0), les Falcons de BGSU ont fini par l'emporter 31 - 14. Go Falcons, go !!!

Bref, c'était assez marrant comme ambiance, la tribune étudiante était pleine à craquer et tout le monde à faire les groupies de base. Les pompoms girls et la fanfare étaient au rendez-vous (promis j'essaie de caser des photos). On était une bonne douzaine de la classe de MBA. J'avoue avoir un peu galéré au début, mais grâce aux explications de Julian (encore un !) qui a fait son undergrad en sport, on a pu comprendre un peu et savourer beaucoup ce sport qui fait l'Amérique. C'est assez marrant aussi de constater que les plus gros sponsors de l'équipe sont tous les supermarchés et toutes les banques du coin et font vraiment de la pub pour la forme (parce que tout le monde est là au final) et puis comme quoi malgré leurs bas prix et l'absence de frais de compte, ils ont quand même de la marge et ont les moyens de s'offrir de la pub :)

2. Le Campus Fest

Sorte de foire et après-midi des associations, le format a été un peu allégé cette année en raison de la crise, et on n'a pas eu de bouffe gratuite contrairement aux années précédentes.
En tout cas, c'était assez impressionnant, puisqu'en gros y avait plus de 200 associations et organisations représentées : des associations "pays", les associations de jeu de rôle (avec des déguisements vraiment énormes, les associations artistiques, les fraternities et sororities, les associations sportives, les associations scientifiques (géologie, biologie, astronomie...), le service Carrières de l'école, des employeurs locaux, plus quelques banques prêtes à nous fournir tout plein de services bien évidemment. :)

C'était assez bon enfant et représentatif de la diversité qu'il peut y avoir sur le campus, par contre j'ai pas pris de photos, désolé...