23 déc. 2009

Le jour où j'ai parlé à la tribune de l'ONU

(enfin pas vraiment...)

Après un bon mois de silence, rythmé par mes rapports de stage, les partiels et les révisions de partiels, le froid hivernal, les premières neiges et tempêtes de neige aux US, me voilà de retour sur la toile prêt à conter mes trépidantes aventures dans l'Ohio, notamment à ceux que je n'aurai pas l'occasion de revoir cet hiver à Paris. Vous verrez donc dans les prochaines semaines des vieux posts sortir de nulle part et ensuite, je devrais reprendre un rythme de publication un peu plus normal (en espérant que ça ne nuise pas trop au confort de lecture de ceux qui me suivent par fils RSS). En attendant je profite de mes premières vraies vacances depuis janvier 2008 pour visiter la côte Est (New York, Boston et Washington) avec ma sœur, ensuite je passerai par Paris pour le Nouvel An et jusqu’au 9 janvier.

Fin de la parenthèse, aujourd'hui j'ai eu la chance d'aller visiter l'ONU aujourd'hui et découvrir les coulisses de cette vénérable institution, grâce à un ami de prépa qui fait son stage là-bas. Concrètement, l'ONU ça n'est rien d'autre qu'un centre de congrès permanent avec plein de bureaux de représentation aux étages supérieurs). Nous avons donc visité la plupart des espaces réservés aux diplomates : Conseil des tutelles, Conseil économique et social, Assemblée générale ainsi que de diverses salles de réunion au mobilier plus ou moins daté, profitant du calme relatif et d'une ONU plutôt vide à l’avant-veille de Noël (normal tout le monde est parti en vacances).

La seule salle qui nous était interdite d’accès ce jour-là était la salle du Conseil de Sécurité qui était utilisée pour une réunion à huis clos. Mais globalement c'était une visite intéressante, d’une part, parce que les salles auxquelles nous avions eu accès n’étaient pas forcément ouvertes aux touristes (qui paient un prix d’entrée exorbitant de $20). D’autre part, ça change de voir comment des lieux qu’on a voit souvent à la télévision s’agencent en vrai. On a également pu voir tout au long des couloirs, les cadeaux divers et variés offerts par les États membres à l'ONU.

Enfin, le clou de la visite était très certainement la salle de l’Assemblée générale, qui est vraiment impressionnante et gigantesque en vrai, surtout depuis le pupitre du président de l’Assemblée générale qui offre une vue plongeante sur la salle. Mais le plus impressionnant c’est d’être à la tribune de l’Assemblée générale, car on a vraiment l'impression de se retrouver face aux regards de tous les représentants à l’Assemblée générale (192 pays membres + les pays observateurs), c’est aussi l’endroit de la salle le plus chargé d’épisodes de l'histoire (la chaussure de Khrouchtchev, le discours fleuve de Kadhafi) et qui a vu passer les dirigeants de ce monde.

On en a bien évidemment profité pour faire les touristes et pour se prendre en photo derrière les différents pupitres (d'où ma profile picture sur Facebook). On s'est également amusé à regarder qui était placé où dans la salle. L'ordre alphabétique en anglais primant la Corée du Nord est dans les premiers rangs alors que les États-Unis sont relégués au fin fond de la salle. La France est pas trop loin de la tribune et l'Allemagne se retrouve voisine de l'Inde par exemple.

Après la visite, on est allés déjeuner à la cafétéria de l’ONU. Rien de spécial à signaler, le menu était tout à fait normal, en revanche la vue sur les rives de East River depuis la salle du restaurant était plutôt pas mal. Enfin pour tous ceux qui sont intéressés par une carrière à l'ONU (ou qui s'inquiètent du déclin de la langue française à l'international), sachez que le français est une langue extrêmement parlée à l'ONU parmi le personnel diplomatique, mais c'est peut-être l'exception qui confirme la règle effectivement.

18 déc. 2009

Finals : DONE !

Ayé, j'en ai fini avec mon premier semestre. Et mine de rien ces quatre mois ont plutôt été longs, et j'ai été rarement en manque d'occupations pendant ce semestre: beaucoup de lectures et de petits devoirs / exercices à rendre chaque semaine pour les cours, quelques projets de groupe et cas à rendre et surtout deux rapports de stage à écrire pour Audencia.

Bref, je suis content que ce semestre se termine pour partir enfin en vacances, changer d'air, penser à autre chose en faisant mon touriste, et profiter de mes premières vraies vacances depuis le début de mon stage de césure en janvier 2008.

Tiens sinon au chapitre différences et exceptions culturelles, même pour les vacances scolaires, la France et les US ont une lecture différente des choses. Alors qu'en France on carbure aux 30 semaines de cours par an (voire moins) et des vacances scolaires d'une à deux semaines tous les deux mois et une grosse pause l'été, les Américains ne prennent que des pauses de deux à trois semaines entre les semestres (automne, printemps, été), entrecoupés par les breaks qui ne sont pas de vacances mais plutôt des ponts ou des longs week-ends de révisions pour les mid-terms (partiels au milieu du semestre). Bien entendu le semestre d'été reste optionnel, mais y a pas mal d'étudiants qui l'utilisent soit pour prendre de l'avance et boucler leur bachelor en 3 ans au lieu de 4, soit pour rattraper des crédits.

Autre petit détail qui fait la différence, je n'aurais pas à attendre 2 mois comme en école / fac pour avoir mes notes de partiels et savoir enfin si j'ai validé mon semestre. Car dans ma fac, le détail des notes de contrôle continu est mis en ligne avant les partiels et j'aurais ma note de partiel d'ici lundi ou mardi (en gros en moins d'une semaine). Comme quoi c'est pratique d'organiser les cérémonies de remise de diplômes juste à la fin du semestre et pas 3 mois après le jury du diplôme, ça oblige les profs à corriger tout illico presto. :-)

Update / MàJ : Bon finalement je m'en sors pas si mal puisque j'ai deux A et deux B pour ce semestre, ce qui me fait un GPA de 3.50

Le pays du marketing

Je ne sais plus qui m'avait raconté qu'il/elle était allé/e voir Stéph Mau (une des responsables du service international de mon école à l'époque, avant qu'elle ne devienne la blonde peroxydée de l'administration) pour lui demander des conseils sur les destinations d'échanges et qu'elle lui avait répondu "si vous êtes intéressés par le marketing, le mieux c'est d'aller aux États-Unis". J'avais un peu souri à l'époque, en me disant qu'effectivement c'était sympa pour les autres pays. Cela dit, c'est vrai que les US sont un des pays leaders du marketing et ont créés des concepts qui sont déclinés tous les jours par les entreprises de grande consommation : la franchise, le Mc Do, le Subway, le Starbucks, la vente en ligne avec ebay et Amazon ainsi que des marques mondiales / entreprises phares comme Microsoft, Google, Yahoo, Facebook, IBM, Nike et bien d'autres, sans compter que Philip Kotler, le "pape" de la théorie marketing, est justement américain et prof à Northwestern (Chicago).

Malgré l'image assez négative qu'on a du marketing en France (anti-pub, anti-manipulation et espionnage des consommateurs), mes deux premières années en école de commerce m'ont surtout permis de comprendre le pourquoi du comment que le marketing existe (heureusement) et que c'est plutôt légitime de vouloir chercher à comprendre le marché pour pouvoir développer économiquement et de façon durable un concept ou un produit.

Toutefois, le market sauce Yankee, ça n'a franchement rien à voir avec ce qu'on connaît. Du fait de la multiplicité des enseignes (malgré tout ce qui peut sortir en termes de procès anti trust, je persiste à penser qu'il y a plus de concurrence aux US qu'en France), des moments de temps libre, de la réglementation sur la consommation et de l'organisation des villes, le comportement du consommateur américain est radicalement différent, parfois un peu trop aggressif pour nos coutumes européennes.

Car en plus des traditionnelles promotions, quasiment toutes les enseignes de distribution ont leur programme et leur carte de fidélité, et beaucoup de restaurants ont leurs bons cadeaux et leurs coupons de réduction en ligne. Pour ce qui est des vêtements et de la mode, tout peut s'acheter plus ou moins en solde tout au long de l'année que ce soit en ville ou dans les malls (croisement entre le centre commercial et Usine Center) pourvu qu'on prenne le temps de chercher et de comparer les offres. Et pour les voyages, il y a plein d'offres imbattables sur Hotwire pour les hôtels et sur Travelzoo pour les voyages de dernière minute. Bref, l'environnement est très compétitif et dynamique et de fait le consommateur américain est un "butineur" (encore une victoire de Blandine).

Prenons le cas de la nourriture par exemple, alors qu'en France, on aurait le choix entre trois enseignes nationales parmi Carrefour, Auchan, Leclerc, Super U et Casino + la version discount / supérette de quartier (Franprix, Leader Price, Ed, Aldi, Lidl) + le marché du coin, il est très facile de se trouver aux US dans les environs d'une bonne douzaine d'enseignes de distribution :
- Les grossistes comme Costco, Sam's club dans lequel on fait son shopping en gros dans un entrepôt (avez-vous vu des paquets de chips aussi gros qu'un sac de litière pour chat ? Moi oui !)
- Les généralistes comme Safeway, Kroger, Giant, Target, Walmart qui ressemblent à nos hypermarchés français et qui proposent également leurs propres marques de distributeurs
- Les enseignes haut de gamme : Trader Joe's, Whole Foods qui font pas mal de traiteur et d'organic (équivalent du bio sans être aussi contraignant que les normes AB en France) et plein d'autres marques de niches
- Enfin, les pharmacies / convenient stores : CVS, Rite Aid, Duane Reade, Walgreens aux horaires d'ouverture assez larges.
(Vous pouvez bien évidemment retrouver la liste entière sur Wikipédia)
Et bien évidemment les Américains qui ont un peu les moyens ne se privent pas d'aller faire leurs courses dans quatre supermarchés différents dans la même journée, histoire de trouver ce qu'ils veulent, voire de faire une bonne heure de route pour rejoindre un mall. Il est également possible dans certains coins des US (comme le mien) de faire les courses à des heures indûes, par exemple entre 23h et 6h du matin en rentrant d'une soirée ou pour aller ravitailler une soirée.

La publicité et les actions de notoriété (sponsoring) sont bien évidemment omniprésents dans la société que ce soit à la télé, les stades ou les salles de concert. Dans les salles de concert classique, les chaînes de pharmacies font généreusement don de bonbons contre la toux pour éviter aux braves "patrons" (appellation formelle des clients US) de tousser entre deux notes (j'y vois plutôt un intérêt fiscal mais bon). Dans mon stade, tous les supermarchés du coin (pour mémoire il n'y a que 30 000 personnes au plus dans ma ville) achètent des pubs durant les matchs de foot US. La présence massive du cable permet de cibler les marchés de façon phénoménale, ainsi pendant les pauses pubs à la télé on peut souvent voir des pubs pour les facs locales. Il y a aussi les pubs qu'on ne verra jamais en Europe comme les pubs de cabinets d'avocats appelant à rejoindre une class action et les clips à visée politique. Mais le must de la pub US, ça reste la pub pour les produits miracles. Concrètement c'est un clip de téléachat, qui suit toujours le même scénario ou presque : on martèle les vertus du produit avec une démonstration puis les témoignages de clients satisfaits, on présente le prix ET la promotion exceptionnelle du jour qui vous permet d'avoir 15 autres accessoires gratuits, puis la voix off répète inlassablement "Call xxx-xxx-xxx now to get" une autre offre encore plus exceptionnelle. Je vous avoue que c'est plutôt efficace ayant été tenté plusieurs fois d'appeler, mais bon finalement je me suis ravisé, pensant à la surcharge que me facturera ma compagnie aérienne au retour.

Autrement, le CRM aux US c'est sacré, surtout depuis la création de l'email. Ainsi dans la plupart des mall et des magasins de biens durables (prêt-à-porter, électroménager), on vous demandera toujours trois choses en plus de votre paiement : votre code postal, votre e-mail et votre numéro de téléphone. Parce que oui, connaître ses clients c'est vital pour une entreprise, mais pouvoir lui envoyer des offres promotionnelles c'est mieux. Bref, mieux vaut avoir une adresse mail spéciale pubs, lorsque vous faites de shopping que ce soit dans un magasin réel ou en ligne, ou simplement apprendre à dire non.

Enfin, le marketeux étant par nature un créatif, vous aurez plein de variantes, et vous recevrez notamment des offres qui vous permettent de recevoir gratuitement plein de trucs gratuits et des bons de réduction, pourvu que vous filiez vos coordonnées ou que vous vous engagiez à essayer je ne sais quoi d'exceptionnel. Sur Vistaprint par exemple (qui permet d'avoir des cartes de visites pour pas cher), on vous demande si vous avez pas besoin d'une bonne trentaine de produits dérivés à votre nom avant de valider votre commande. Dernièrement, j'ai aussi eu sur Facebook, une pub indiquant rechercher "des personnes dans l'Ohio pour recevoir gratuitement un Macbook vert et l'essayer". J'ai aussi reçu une lettre de Nielsen pour recevoir un boitier TV qui va recenser tout ce que je regarde et quand, à croire que l'opinion du type qui vit en Ile de France pendant plus de 20 ans est statistiquement moins attrayante que celle d'un type qui vit depuis 4 mois à Bowling Green, Ohio. En revanche, je veux bien qu'on m'explique l'intérêt de mettre des DJs avec de la musique bruyante dans les magasins de prêt-à-porter : abrutir le client et augmenter son rythme cardiaque durant la décision d'achat ? :)

2 déc. 2009

Rencontre avec Lawrence Lessig

Ce soir - mercredi soir donc pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes, j'ai eu l'occasion d'assister à une présentation de Lawrence Lessig sur le droit de propriété intellectuel aux États-Unis.

Récit rapide. Pour ceux qui ne le savent pas Lawrence Lessig est prof de droit depuis 2008 à Harvard. Diplômé de Wharton, de Trinity College (Cambridge) et de Yale, il a notamment été assistant d'Antonin Scalia, juge à la Cour Suprême des États-Unis et prof de droit à Stanford. Spécialiste de droit constitutionnel américain et du droit de la propriété intellectuelle, c'est l'une des têtes pensantes de l'Internet libre et un des fondateurs de Creative Commons dont vous avez peut-être déjà vu le logo (CC) sur un certain nombre de sites Internet.

Bien plus qu'un prof, Lawrence Lessig c'est surtout un style de présentation assez particulier. Outre le storytelling et le sens de l'humour typique des présentations façon US, ses présentations sont connues pour leur style sobre (caractères en blancs sur fond noir, parsemé de quelques vidéos et images), ludique, dynamique et extrêmement rythmé avec environ une bonne dizaines de slides par minute, sachant que la moyenne doit être à une slide toutes les une ou deux minutes.
Pour vous donner un exemple et pour mieux comprendre le style du personnage, je vous invite notamment à regarder les exemples de présentations de Lessig sur son site
http://www.lessig.org/content/av/ (prenez la 3ème vidéo par exemple)

Sur le sujet du jour (la propriété intellectuelle), il a été plutôt bref et a simplement rappelé que si l'extension en continu des copyrights était la revendication phare des majors, leur intérêt économique et culturel restait contestable puisque la valeur actuelle nette de 10 ans de copyrights supplémentaires est négative. De plus, laisser un copyright de 70 ans après la mort de son auteur, c'était certes dans l'intérêt des héritiers, mais en termes de patrimoine culturel, ça donnait surtout le temps à l'oeuvre de tomber dans l'oubli (parce que trop coûteuse à exploiter).

En réalité, l'objet de sa venue était plus politique. En effet, malgré toutes les joyeusetés qu'on peut effectivement nous raconter sur le fonctionnement de la démocratie américaine (les primaires ouvertes, la vitalité de la presse et du militantisme, le fait de pouvoir accéder aux responsabilités sans forcément avoir ses classes dans l'establishment politique pendant 30 ans, la diversité ethnique et sociale des représentants du peuple), il y a quand même un certain nombre de défauts dont on ne parle qu'assez épisodiquement : la discours de la terreur que Michael Moore avait dénoncé dans Fahrenheit 9/11, mais qui revient en force ces dernières semaines avec les sorties de Michelle Bachmann et de Sarah Palin sur le socialisme supposé d'Obama et sur la réforme de santé, mais aussi le poids du lobbying et l'économie de l'influence qui règne sur le Capitole et qui explique qu'un certain nombre de dispositions légales passent au Congrès sous une forme plus ou moins loufoque. Par exemple le Congrès a autorisé l'attribution d'un crédit d'impôt fédéral de 4200 à 5500 dollars pour l'achat d'un véhicule électrique, y compris les voiturettes de golf !!!! (Ce qui au prix actuel, diminue le prix de la voiturette à rien du tout).

Certains sites aux États-Unis mesurent également l'influence et le pouvoir d'un parlementaire au nombre d'earmarks décrochés pour sa circonscription. Un earmark est simplement un terme technique pour désigner l'attribution définitive d'un financement fédéral pour un tel type de projet (dans les limites de l'enveloppe votée par le Congrès), bien entendu un earmark fait l'objet d'âpres discussions car en général l'objet de la discussion n'est pas tant l'intérêt général que le montant des earmarks qu'on ramènera pour sa circonscription.

Bref, à l'heure des débats sur la réforme de santé, la création d'un marché de crédits carbone et des négociations sur le changement climatique, l'objectif de Lessig était de réveiller un peu l'auditoire, car au vu des enjeux et des défis à venir, le système du lobbying risque de ne pas vraiment aller dans le sens de l'intérêt général mais plus dans le sens des intérêts privés. Et il ne sert à rien d'espérer un changement de la position américaine simplement par la présence messianique d'Obama, sans changement significatif au sein du Congrès américain qui vote la guerre, les lois et les budgets. Lessig a donc passé les dernières minutes de son exposé à nous présenter Change Congress mouvement militant créé dans la perspective des élections de 2010 pour dénoncer (à coups de pubs négatives) les parlementaires sous influence ou dont le vote ne semblerait en tout cas pas vraiment en phase avec les aspirations des électeurs de leur circonscription.