Je ne sais plus qui m'avait raconté qu'il/elle était allé/e voir Stéph Mau (une des responsables du service international de mon école à l'époque, avant qu'elle ne devienne la blonde peroxydée de l'administration) pour lui demander des conseils sur les destinations d'échanges et qu'elle lui avait répondu "si vous êtes intéressés par le marketing, le mieux c'est d'aller aux États-Unis". J'avais un peu souri à l'époque, en me disant qu'effectivement c'était sympa pour les autres pays. Cela dit, c'est vrai que les US sont un des pays leaders du marketing et ont créés des concepts qui sont déclinés tous les jours par les entreprises de grande consommation : la franchise, le Mc Do, le Subway, le Starbucks, la vente en ligne avec ebay et Amazon ainsi que des marques mondiales / entreprises phares comme Microsoft, Google, Yahoo, Facebook, IBM, Nike et bien d'autres, sans compter que Philip Kotler, le "pape" de la théorie marketing, est justement américain et prof à Northwestern (Chicago).
Malgré l'image assez négative qu'on a du marketing en France (anti-pub, anti-manipulation et espionnage des consommateurs), mes deux premières années en école de commerce m'ont surtout permis de comprendre le pourquoi du comment que le marketing existe (heureusement) et que c'est plutôt légitime de vouloir chercher à comprendre le marché pour pouvoir développer économiquement et de façon durable un concept ou un produit.
Toutefois, le market sauce Yankee, ça n'a franchement rien à voir avec ce qu'on connaît. Du fait de la multiplicité des enseignes (malgré tout ce qui peut sortir en termes de procès anti trust, je persiste à penser qu'il y a plus de concurrence aux US qu'en France), des moments de temps libre, de la réglementation sur la consommation et de l'organisation des villes, le comportement du consommateur américain est radicalement différent, parfois un peu trop aggressif pour nos coutumes européennes.
Car en plus des traditionnelles promotions, quasiment toutes les enseignes de distribution ont leur programme et leur carte de fidélité, et beaucoup de restaurants ont leurs bons cadeaux et leurs coupons de réduction en ligne. Pour ce qui est des vêtements et de la mode, tout peut s'acheter plus ou moins en solde tout au long de l'année que ce soit en ville ou dans les malls (croisement entre le centre commercial et Usine Center) pourvu qu'on prenne le temps de chercher et de comparer les offres. Et pour les voyages, il y a plein d'offres imbattables sur Hotwire pour les hôtels et sur Travelzoo pour les voyages de dernière minute. Bref, l'environnement est très compétitif et dynamique et de fait le consommateur américain est un "butineur" (encore une victoire de Blandine).
Prenons le cas de la nourriture par exemple, alors qu'en France, on aurait le choix entre trois enseignes nationales parmi Carrefour, Auchan, Leclerc, Super U et Casino + la version discount / supérette de quartier (Franprix, Leader Price, Ed, Aldi, Lidl) + le marché du coin, il est très facile de se trouver aux US dans les environs d'une bonne douzaine d'enseignes de distribution :
- Les grossistes comme Costco, Sam's club dans lequel on fait son shopping en gros dans un entrepôt (avez-vous vu des paquets de chips aussi gros qu'un sac de litière pour chat ? Moi oui !)
- Les généralistes comme Safeway, Kroger, Giant, Target, Walmart qui ressemblent à nos hypermarchés français et qui proposent également leurs propres marques de distributeurs
- Les enseignes haut de gamme : Trader Joe's, Whole Foods qui font pas mal de traiteur et d'organic (équivalent du bio sans être aussi contraignant que les normes AB en France) et plein d'autres marques de niches
- Enfin, les pharmacies / convenient stores : CVS, Rite Aid, Duane Reade, Walgreens aux horaires d'ouverture assez larges.
(Vous pouvez bien évidemment retrouver la liste entière sur
Wikipédia)
Et bien évidemment les Américains qui ont un peu les moyens ne se privent pas d'aller faire leurs courses dans quatre supermarchés différents dans la même journée, histoire de trouver ce qu'ils veulent, voire de faire une bonne heure de route pour rejoindre un mall. Il est également possible dans certains coins des US (comme le mien) de faire les courses à des heures indûes, par exemple entre 23h et 6h du matin en rentrant d'une soirée ou pour aller ravitailler une soirée.
La publicité et les actions de notoriété (sponsoring) sont bien évidemment omniprésents dans la société que ce soit à la télé, les stades ou les salles de concert. Dans les salles de concert classique, les chaînes de pharmacies font généreusement don de bonbons contre la toux pour éviter aux braves "patrons" (appellation formelle des clients US) de tousser entre deux notes (j'y vois plutôt un intérêt fiscal mais bon). Dans mon stade, tous les supermarchés du coin (pour mémoire il n'y a que 30 000 personnes au plus dans ma ville) achètent des pubs durant les matchs de foot US. La présence massive du cable permet de cibler les marchés de façon phénoménale, ainsi pendant les pauses pubs à la télé on peut souvent voir des pubs pour les facs locales. Il y a aussi les pubs qu'on ne verra jamais en Europe comme les pubs de cabinets d'avocats appelant à rejoindre une class action et les clips à visée politique. Mais le must de la pub US, ça reste la pub pour les produits miracles. Concrètement c'est un clip de téléachat, qui suit toujours le même scénario ou presque : on martèle les vertus du produit avec une démonstration puis les témoignages de clients satisfaits, on présente le prix ET la promotion exceptionnelle du jour qui vous permet d'avoir 15 autres accessoires gratuits, puis la voix off répète inlassablement "Call xxx-xxx-xxx now to get" une autre offre encore plus exceptionnelle. Je vous avoue que c'est plutôt efficace ayant été tenté plusieurs fois d'appeler, mais bon finalement je me suis ravisé, pensant à la surcharge que me facturera ma compagnie aérienne au retour.
Autrement, le CRM aux US c'est sacré, surtout depuis la création de l'email. Ainsi dans la plupart des mall et des magasins de biens durables (prêt-à-porter, électroménager), on vous demandera toujours trois choses en plus de votre paiement : votre code postal, votre e-mail et votre numéro de téléphone. Parce que oui, connaître ses clients c'est vital pour une entreprise, mais pouvoir lui envoyer des offres promotionnelles c'est mieux. Bref, mieux vaut avoir une adresse mail spéciale pubs, lorsque vous faites de shopping que ce soit dans un magasin réel ou en ligne, ou simplement apprendre à dire non.
Enfin, le marketeux étant par nature un créatif, vous aurez plein de variantes, et vous recevrez notamment des offres qui vous permettent de recevoir gratuitement plein de trucs gratuits et des bons de réduction, pourvu que vous filiez vos coordonnées ou que vous vous engagiez à essayer je ne sais quoi d'exceptionnel. Sur Vistaprint par exemple (qui permet d'avoir des cartes de visites pour pas cher), on vous demande si vous avez pas besoin d'une bonne trentaine de produits dérivés à votre nom avant de valider votre commande. Dernièrement, j'ai aussi eu sur Facebook, une pub indiquant rechercher "des personnes dans l'Ohio pour recevoir gratuitement un Macbook vert et l'essayer". J'ai aussi reçu une lettre de Nielsen pour recevoir un boitier TV qui va recenser tout ce que je regarde et quand, à croire que l'opinion du type qui vit en Ile de France pendant plus de 20 ans est statistiquement moins attrayante que celle d'un type qui vit depuis 4 mois à Bowling Green, Ohio. En revanche, je veux bien qu'on m'explique l'intérêt de mettre des DJs avec de la musique bruyante dans les magasins de prêt-à-porter : abrutir le client et augmenter son rythme cardiaque durant la décision d'achat ? :)