2 déc. 2006

Danser sur une poutrelle...

Le vertige, je crois bien que c'est ce que j'ai en ce moment.
Vertige, parce que je ne sais plus vraiment qui je ne suis, ni ce que je fais.
Vertige, parce que j'ai l'impression d'avoir changé, d'être quelqu'un de nouveau, tout en restant moi-même.
Vertige, et ivresse d'une victoire qui était loin d'être acquise à l'avance.
Vertige, et satisfaction d'avoir réussi quelque chose pour une fois dans ma vie, non pour moi-même mais avec toute une bande de copains. D'ailleurs on ressemblait à un bien étrange attelage il y a deux mois et beaucoup ne misaient pas un kopeck sur notre victoire après la découverte de nos T-shirts, de notre logo, de notre plaquette, de notre site web... et de bien d'autres choses.

Et vous, vous vous demandez probablement ce que je raconte et ce que j'ai bien pu faire pendant deux mois à Nantes depuis le Triathlon à La Baule. Deux mois pendant lesquels j'ai honteusement déserté mon blog pour cause de campagne BDA. Et oui, après deux mois d'aventures, de joies et de doutes, la campagne est enfin finie, et le meilleur dans tout ça, c'est que notre liste a été élue dès le premier tour. Mais BDA, campagne BDA c'est quoi me direz-vous ?

Le BDA (acronyme de Bureau des Arts) est une des trois plus grosses assoces étudiantes par le budget avec le BDE (Bureau des Elèves) et le BDS (Bureau des Sports) et que l'on retrouve dans toutes les grandes écoles de France à quelques exceptions près. Ces trois associations s'occupent de la vie étudiante en organisant les activités sportives, culturelles et artistiques, ainsi que tous les grands événements de l'école : week-end d'intégration, gala, soirées étudiantes, week-end de "désintégration"... Les membres des BDA, BDS, BDE sont élus chaque année par l'ensemble des étudiants pour un mandat d'un an. Pour être élu, les différents candidats se regroupent en listes et font campagne pendant trois semaines (du moins ça se passe comme ça à Audencia) en organisant différents événements afin de mieux se faire connaître.

Une fois élus en tant que BDA, on propose pendant un an, avec les membres de ma liste, des cours de danse, de dessin et de musique, des bons plans sorties et concerts, mais aussi des spectacles : une pièce de théâtre et une comédie musicale entre autres, un festival (le Festival des mots de Nantes). Bref, une programmation d'enfer à créer de toutes pièces et des partenariats à trouver assez rapidement d'ailleurs.

Mais derrière toute cette histoire de campagne, y a pas mal de choses qui se jouent en fait : déjà la cohésion entre les promotions et à l'intérieur de la promotion. Car pendant un mois règne la ferveur des campagnes : tout le monde ou presque se dit bonjour, même entre listes adverses et promos différentes, on essaie de conserver une bonne ambiance, y a des distributions de nourriture et des soirées de campagne tous les soirs ou presque.

Les campagnes c'est aussi un moyen d'attribuer des statuts et des fonctions à chacun, car c'est aussi le moment où les passations s'organisent dans toutes les associations. Ainsi, l'espace social de l'école se redessine en quelques semaines selon des critères assez simples finalement : listeux, non-listeux, listeux gagnant, listeux perdant, membre de telle assoce, prèz, vice-prèz de telle autre assoce et évidemment pour finir (et parce qu'on a souvent tendance à l'oublier - suivez mon regard)... nobod !!! :-)

Certains trouveront forcément quelque chose à redire dans ce phénomène cyclique qui tient à la fois du mouvement de foule irrationnel, du folklore Grandes Ecoles et du rituel symbolique bête tendance méchant visant à dessiner des tribus dans une masse humaine informe. Car à chaque statut qui ressort de cette loterie, découle ensuite un certain type de rapport avec les autres en public, donc de rôle social dans l'école, matérialisé par l'attribution d'un polo et d'un T-shirt floqué ou brodé aux couleurs de l'assoce... Au fond l'enjeu en ce moment dans mon école c'est de savoir si on est digne d'être people ou si on ne l'est pas. Vu mon rôle, je le suis, mais à la base, je me sens pas super people, quoique souvent décrit comme mondain, mais pas dans le genre "jeune bourgeois" en tout cas. De toute façon, je pense pas avoir le choix, parce que depuis quelques jours, sans que je le demande forcément, je reçois les félicitations chaleureuses de pas mal de gens (dont certains que je connais à peine) comme s'il s'était passé un truc totalement exceptionnel qui avait révolutionné la face cachée de la Lune.

Bref y a de quoi prendre facilement la grosse tête, pourtant j'essaie de garder les pieds sur terre, parce qu'en ce moment, je trouve que mon costume de trésorier du nouveau BDA est un peu trop grand pour mes épaules. Autant le prestige de ma nouvelle fonction est grand, autant mon désespoir est profond : je sais à peine ce en quoi va consister mon job, il me reste les comptes de campagne à solder (donc de l'argent à trouver) tandis que les autres fêtent joyeusement leur victoire, et j'ai évidemment pas la clé de mon futur bureau pour bosser ça serait trop beau. À cela s'ajoutent la routine et les problèmes d'une vie étudiante lambda : loyers, factures, bouffe, vaisselle, linge, amours et haines... Bref j'ai vraiment l'impression d'avoir neuf vies ces derniers temps et sans aucune parade à ça, enfin si : la seule parade que j'ai trouvé pour éviter mon embourgeoisement c'est de raconter un maximum de conneries pour que les gens évitent enfin de me regarder comme un mec de la caste supérieure. Le truc c'est que ça marche pas exactement comme je voulais... et je raconte vraiment que de la merde. Faudrait que je me calme ou sinon je vais finir par rentrer dans le mur (remarque le costume du débile mental c'est bien aussi ^^).

Comme quoi c'est pas toujours facile d'avoir un statut social en devenir (souvenez-vous de Marivaux)... j'espère que je vous ai pas trop déprimés. En tout cas, pour mon prochain billet, j'essaierai de vous raconter plus en détail l'atmosphère de ces campagnes.

Bonne semaine !