30 août 2009

Être né quelque part, c'est toujours un hasard...

(ou ma plus grande leçon de management interculturel)

Voilà près de trois semaines que je suis arrivé dans l'Ohio et je n'ai toujours pas parlé des Chinois. En effet dans mon petit bled de 30000 âmes dont 19000 étudiants. Ils sont une petite centaine environ qui viennent de Chine, de Taiwan, de Hong Kong, de Mongolie et même de France ! (bah oui moi et mon coloc...).

Mais voilà contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est avec les étudiants chinois que j'ai le plus mal de mal à communiquer jusqu'à présent. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça coince et c'est d'autant plus déroutant car depuis la 6ème j'ai toujours eu des étudiants d'Asie dans ma classe. Exemples de couacs :

1. La première rencontre
Si le "Hi, I'm XXX, nice to meet you" + poignée de main / "Salut je m'appelle XXX" + bise ou poignée de main est institutionnalisé dans le milieu occidental, chez les Chinois ça commence plutôt par 你是中国人吗?/ "Est-ce que t'es chinois ?"
J'avoue que mon faciès à tendance à perturber pas mal d'Européens et d'Américains, mais commencer une conversation par ce qui ressemble un contrôle d'identité, on me l'avait jamais faite, surtout venant de la part de "compatriotes". Enfin si, dans les rues de Paris, c'est comme ça que les touristes chinois vous abordent, mais dans ces cas-là ça prend surtout le sens de "Est-ce que vous parlez chinois, j'aurais besoin de votre aide"

Au début, je me contentais de l'explication de mon histoire familiale, jusqu'au jour je me suis pris des remarques du type "Oui mais ton nom, il fait pas très chinois" "T'es français ou chinois alors ? comment ça se fait que tu parles mandarin ?"... Gloups.

Alors qu'entendent-ils par "Chinois" ?
Dans ma naïveté de mon enfance, on me disait qu'un vrai Chinois, c'était déjà le "faciès" (et que malgré les tentatives de Michael Jackson, on n'y pouvait pas grand chose) et ensuite la maîtrise de langue pour vraiment faire partie du club, car un type qui fait asiat et qui maîtrise pas la langue, c'est un peu la lose. Argument massue de mes parents pour me convaincre d'aller en cours de chinois certes, mais ça me semblait pas totalement idiot. Et pour certains, ça doit leur rappeler les discussions entre Fustel de Coulanges et Mommsen.

Donc si c'est pas la langue, si c'est pas le "phénotype", qu'est-ce que ça peut être ?
Le passeport chinois, la naissance en Chine (le fameux droit du sol) ?
J'ai posé la question à mon coloc qui est vraiment chinois pour le coup (passeport et acte de naissance compris) et il m'a expliqué qu'on l'abordait aussi de la même manière, quand on lui disait pas "ah mais t'es pas japonais / coréen / d'Asie du Sud-est ?".

Un jour, un type l'a même abordé en lui demandant s'il était taiwanais (car comme tout le monde le sait, le taiwanais est reconnaissable entre mille). Mon coloc s'empresse de démentir et lui demande sa région d'origine et se prend en guise de réponse : "Oui je viens du Sichuan, tu sais où c'est le Sichuan ?" ce qui équivaut de dire à un Français "Oui je suis lyonnais, tu sais où c'est Lyon au moins ?" Sympa...

Bref, je sais plus trop quoi en penser... soit ils se rendent pas comme que c'est un impair, soit ils sont vraiment idiots. Mais bon, "les gens font ce qu'ils font parce qu'ils sont intelligents". Espérons-le parce que pour le moment je suis assez paumé et j'ai vraiment l'impression d'être regardé comme une bête curieuse par ces gens-là (le mec qui fait chinois, parle chinois, mais qui en fait est un agent double :-) ), pourtant ça fait des siècles qu'il y a des communautés chinoises dans toute l'Asie du Sud-Est, à la Réunion, en Amérique du Nord, en Europe, mais j'ai vraiment l'impression qu'ils sont pas au courant : contrecoup de 50 ans de communisme ?
Ou alors sommes-nous en train de faire la confusion entre la Chine et les Chines (car dans la langue chinoise, la notion de pluriel ne s'utilise que rarement) ?

2. Chinatown

Un autre phénomène que j'avais plus ou moins remarqué, c'est que les étudiants chinois restent entre eux en général. Reproduisant d'une manière ou d'une autre le phénomène "Chinatown". Et même ici, à Bowling Green, Ohio (29 000 habitants pour mémoire), le même phénomène communautaire se reproduit, puisque 90% des étudiants chinois ont trouvé le moyen d'habiter dans le même quartier. Pratique pour partager des voitures, faire des courses groupées et des virées le week-end, mais c'est pas forcément le meilleur moyen de s'intégrer, de comprendre un pays et d'en apprendre la langue (ce qui semblerait être le minimum vu le prix des études aux US, vu le taux de change actuel et vu que c'est sûrement un projet qui a bien entamé les économies de toute la famille). Certains étudiants chinois parlent à peine anglais, ce qui n'est pas un problème quand on est en fac de musique et qu'on fait de l'interprétation mais ce qui reste assez étonnant quand on sait la galère que ça a pu être pour passer le GMAT / TOEFL / TOEIC / IELTS.
(En même temps, on est ptet pas mieux à l'étranger.)

3. Soyons utilitaristes

Outre le contact difficile et le côté grégaire, les seules fois où les étudiants chinois vont aborder d'autres étudiants, c'est quand ils ont besoin d'eux. Exemples :
- Lors du test d'anglais pour les étudiants internationaux, une fille est venue me parler, mais simplement pour savoir le nombre de mots que j'avais fait, guère plus. (Au fait, je m'appelle...)
- En sortant du premier cours de finance, une fille m'aborde sans se présenter, juste pour me demander si y a moyen de m'emprunter le manuel pour photocopier les exercices. N'ayant pas le bouquin en question, la conversation s'arrête la, point barre.

Que faut-il en comprendre au final ?
Que les étudiants chinois sont jaunes et fourbes comme disait (en plaisantant) T. ?
Que la génération de l'enfant unique est pourrie, gâtée, choyée et ne connaît pas les bonnes manières ?
Que les étudiants chinois sont en général mal préparés aux études à l'étranger et qu'ils sont assez peu curieux des choses de ce monde (hors tourisme et consommation) ? D'ou les impairs et les problèmes de communication ?
Que nous sommes mal préparés à interagir avec les étudiants venant de Chine continentale ?

En tout cas, ça m'intrigue... (désolé si ce post fait un peu facho sur les bords)

2 commentaires:

Florine a dit…

Oh ben tiens...
Tu sais que se poser trop de questions ça fait une peu fillette qui vit mal son adolescence...

D'abord, il n'y a pas UNE seule culture chinoise, elle diffère selon les régions.

Ensuite, il y a une différence entre être à l'étranger et être chez soi. Bon j'ai la flemme de développer...

Juste quelques faits : les Français restent tout autant entre eux d'après ce que j'ai pu voir.
Les Chinois que j'ai rencontrés sont extrêmement sympathiques, par contre j'ai connu des Français qui ne sont venus me parler que pour obtenir qqch de moi...

C'est le hasard des choses. C'est tout à fait naturel. C'est pas parce que tu t'es senti offensé qu'il faut arrêter de réfléchir objectivement.

PhilZ a dit…

Un blog est une trace de l'instant et pas la retranscription exacte du continuum temporel tracé par le présent. Ce post est volontairement non objectif, il date d'août 2009 et heureusement que les relations avec mes camarades de classes chinois ont évolué.

Est-ce que les Français, les Allemands, les Américains, les Canadiens etc. sont plus ouverts aux autres à l'étranger / plus accueillants dans leur propre pays ? Qu'est-ce qui fait que les gens restent entre eux ou non à l'étranger ? C'est effectivement des questions que je me pose aussi et que je rumine depuis plusieurs mois.